Cet article a été écrit par Robert Parker, coordinateur senior sur les émissions de gaz à effet de serre à l’ASC.

La Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques(COP26) qui a eu lieu à Glasgow ce mois de novembre 2021, est la 26ème rencontre depuis la mise en place de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques à Rio de Janeiro en 1992. Après autant d’années, des actions concrètes sont plus nécessaires que jamais. C’est devenu très clair après une autre année marquée par des conditions météorologiques extrêmes, des températures record autour du monde, et les avertissements sévères du rapport de cet été par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Il n’y a plus de temps à perdre : des mesures draconiennes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont nécessaires dès maintenant si nous voulons éviter des dommages catastrophiques pour les systèmes écologiques et humains.

L’impact de notre alimentation

On estime que l’alimentation représente entre un quart et un tiers des émissions de gaz à effet de serre mondiales.1 C’est l’équivalent des émissions combinées de tous les camions, voitures, trains, bateaux et avions du monde. Et alors que les secteurs mondiaux de l’énergie et du transport innovent et parviennent à réduire (dans certains cas) leurs GES, les émissions liées aux systèmes alimentaires continuent à augmenter.  La plupart de ces émissions proviennent de la production de protéine animale. L’utilisation d’énergies fossiles et d’électricité dans les fermes représente une partie de cet impact mais les émissions les plus importantes sont également liées :

  • Au méthane provenant des processus digestifs des animaux ruminants tels que les vaches ou de la gestion du fumier
  • A l’oxyde d’azote provenant de l’utilisation (et la sur-utilisation) d’engrais chimiques pour faire pousser des cultures fourragères
  • Au défrichement des terres pour les cultures fourragères et le pâturage. En fait, les trois quarts des terres agricoles mondiales sont utilisés pour nourrir les animaux plutôt que les hommes. Cette demande contribue à la perte de millions d’hectares de forêt chaque année ainsi que des puits de carbone qu’ils représentaient auparavant.
Conversion des terres pour l'agriculture
Le défrichement des terres pour les cultures fourragères et le pâturage représentent une source majeure d’augmentation des émissions

La connaissance, c’est le pouvoir

L’industrie des produits de la mer en aquaculture peut faire partie des solutions au changement climatique, et nous devons commencer à penser à ’l’aquaculture responsable’ en tant qu’ ’aquaculture avec faible GES’. Qu’il s’agisse de crevettes d’un étang, de moules de la côte ou de truites d’un lac, il est essentiel que les producteurs soient conscients de leur empreinte carbone et puissent démontrer que leurs produits et leurs systèmes de production rentrent dans un contexte de restrictions sur l’utilisation du carbone.

De nombreux systèmes de produits de la mer ont déjà des taux faibles d’émissions par rapport aux sources de protéine animale basées sur la terre. Les anchois sauvages et autres petits poissons pélagiques et bivalves d’élevage sont parmi les sources de protéine mondiales les plus efficientes en terme de GES et les taux d’émission moyenne à travers l’industrie aquacole sont plus bas que ceux du bétail.² Pour les espèces qui sont élevés avec des émissions de GES plus importantes, nous devons découvrir pourquoi et trouver des solutions pour les minimiser.

La contribution de l’aquaculture

L’industrie aquacole peut avoir une contribution importante en terme de réduction d’émissions mondiales en fournissant des alternatives alimentaires à GES plus faibles que du bétail basé sur la terre3. Cela ne nécessite pas seulement de minimiser les émissions des fermes mais aussi d’éviter les activités à haute émission tout le long de la chaîne d’approvisionnement et de distribution.

Il faut donc regarder dans l’amont de la filière, au niveau des pêcheries, usines et moulins qui fournissent des aliments aquacoles, et aussi se tourner vers l’aval de la filière pour la transformation, l’emballage, et la distribution d’un produit sur son chemin vers l’assiette du consommateur. Tous les acteurs le long de la chaîne doivent minimiser leur impact sur le climat.

L’ASC a incorporé les GES et le changement climatique dans nos standards au cours des années de différentes manières. Nos cahiers des charges pour le saumon, le bar et la daurade, le poisson plat et les autres poissons marins incluent de mesurer, déclarer et minimiser les émissions de GES. Les cahiers de charges empêchent également la déforestation des mangroves et l’utilisation dans l’aliment de soja et d’huile de palme associés à la déforestation.

Nos plans pour passer à l’action

En 2021, cependant, nous devons aller plus loin. L’ASC cherche à transformer l’aquaculture pour la rendre plus viable écologiquement et responsable socialement et si une aquaculture responsable signifie aujourd’hui une aquaculture à faible GES, alors nous devons intensifier nos efforts dans cette direction. Nous sommes prêts, et nous avons beaucoup de projets.

Cette année, j’ai commencé en tant que coordinateur senior de l’ASC sur les émissions de gaz à effet de serre et organisé un nouveau procédé pour mesurer et caractériser constamment les émissions de GES des systèmes d’aquaculture autour du monde. Pour s’attaquer à ce type d’enjeux, il est primordial d’avoir des données fiables pour agir au cœur du problème. C’est pourquoi nous demandons aux fermiers de rendre compte de leurs performances, et nous leur apportons de l’aide pour cela. Nos outils en ligne de mesure des GES vont soutenir la filière dans cette démarche. Ces outils sont développés en utilisant les meilleurs méthodes et données disponibles, et suivent les meilleurs pratiques de la littérature scientifique. Et évidemment, en ligne avec l’engagement de l’ASC pour la transparence, les résultats de ce travail seront rendus disponibles pour que d’autres chercheurs puissent également les utiliser.

Consistance

Nous travaillons également pour améliorer la consistance et la cohérence de ces mesures et de ces résultats. Nos différents référentiels ont été développés sur une longue période de temps et incluent actuellement des critères différents en terme de GES et d’utilisation d’énergie. Il s’agit d’un problème auquel nous remédions grâce à notre référentiel unifié pour les fermes. Alors qu’aujourd’hui, nous avons 12 référentiels différents pour les différentes espèces certifiés, nous allons créer un référentiel unique qui couvrira toutes les espèces certifiées de l’ASC. Ceci va garantir que toutes les fermes certifiées répondent aux même exigences lorsqu’il s’agit des émissions GES et de l’utilisation de l’énergie.

Lors de la COP26 à Glasgow, l’attention s’est porté sur l’action politique à large échelle nécessaire pour lutter contre le changement climatique, et ce à juste titre. Mais nous devons également nous rappeler que la lutte contre la crise climatique va nécessiter un changement dans tous les aspects de nos vies et à chaque niveau. Cela signifie que toutes les industries doivent changer. A l’ASC, nous sommes déterminés à nous assurer que la filière aquacole donne l’exemple.

¹ Vermeulen et al., (2012), https://www.annualreviews.org/doi/abs/10.1146/annurev-environ-020411-130608Crippa et al., (2021), https://www.nature.com/articles/s43016-021-00225-9
² Gephart et al., (2021), https://www.nature.com/articles/s41586-021-03889-2Poore and Nemecek (2018), https://www.science.org/doi/10.1126/science.aaq0216 
³ Hoegh-Guldberg et al., (2019), WRI https://dev-oceanpanel.pantheonsite.io/sites/default/files/2019-09/19_HLP_Report_Ocean_Solution_Climate_Change_final.pdf 

Publié le
mercredi, 17 novembre 2021
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